1- L'obligation légale : ce que dit le Code du Travail
1.1- Présentation des comptes annuels de l'entreprise au CSE
Depuis plus de 40 ans, l'employeur ne peut pas se soustraire à cette transparence. Selon l'article L. 2312-18 du Code du travail, les comptes annuels doivent être présentés au CSE avant leur approbation par l'assemblée générale des actionnaires.
Cette obligation concerne toutes les entreprises, quel que soit leur effectif, dès lors qu'elles sont dotées d'un CSE.
1.2- Le calendrier impératif
La chronologie est stricte et protège votre capacité d'analyse :
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Clôture de l'exercice : Arrêt des comptes par la direction.
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Communication des documents : Envoi aux élus (et à l'expert-comptable du CSE si nommé).
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Approbation des comptes : Par les associés ou actionnaires (AG).
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Réunion plénière du CSE : Présentation officielle par l'employeur.
Le Conseil de l'Expert Soxia : avec une clôture d'exercice le 31 décembre, la direction vous présentera les comptes à partir de juin, pas avant.
1.3- Danger : le piège des comptes non certifiés
Attention : l'employeur peut être tenté de vous présenter des comptes "provisoires" pour respecter les délais ou pour orienter. C'est un risque majeur pour la crédibilité du CSE.
Le rapport du Commissaire aux Comptes (CAC) est vital : tant que les comptes ne sont pas certifiés, ils ne sont pas définitifs et peuvent changer du jour au lendemain sur demande de l'auditeur légal.
Le cas d'école (vécu par des élus) : nous avons accompagné un CSE dont les élus avaient reçu un jeu de comptes non définitifs affichant un beau bénéfice et déclenchant une participation pour les salariés. Confiants, les élus et la direction ont diffusé l'information via le PV.
La douche froide : un mois plus tard, le Commissaire aux Comptes a exigé un ajustement comptable sur des filiales. Cette provision a fait basculer la société en pertes. Résultat : Zéro participation. Trop tard, les salariés se sentaient lésés et les élus ont perdu leur crédibilité.
Votre arme juridique : si vous avez le moindre doute sur la fiabilité des documents ou si le rapport du CAC est absent, le CSE a le pouvoir de demander à la direction le rapport du CAC voire, à l'extrême, convoquer le Commissaire aux Comptes lors de la réunion. Vous pouvez exiger ses explications sur les différents postes comptables ainsi que son éclairage sur la santé financière réelle de l'entreprise.
1.4- Comptes certifiés : la vérité des chiffres vs la réalité de la gestion
1.4.1- Le CSE doit avoir confiance dans les comptes certifiés
Une question hante souvent les élus : "Est-ce que la direction nous ment ? Les chiffres sont-ils faux ?"
Soyons clairs : sauf cas de fraude exceptionnelle (Enron, Parmalat), vous pouvez faire confiance aux chiffres s'ils sont certifiés.
C'est le rôle exclusif du Commissaire aux Comptes (CAC). Ce tiers indépendant a pour mandat légal de certifier que les comptes sont "réguliers, sincères et donnent une image fidèle" de l'entreprise. Il vérifie le respect des principes comptables. Les refus de certification sont rarissimes.
Une règle d'or : vous ne devez accepter d'être consultés que sur la base de comptes définitivement certifiés.
1.4.2- Ne vous trompez pas de combat !
Si les chiffres sont "justes" mathématiquement, cela ne veut pas dire que les décisions de l'employeur sont "bonnes" socialement. C'est là que le rôle du CAC s'arrête et que celui du CSE commence.
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L'audit du CAC porte sur la FORME : "L'entreprise a-t-elle le droit comptable de provisionner ce licenciement ?" -> OUI.
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L'avis du CSE porte sur le FOND et l'OPPORTUNITÉ : "Pourquoi licencier ou sous-traiter alors que nous faisons des bénéfices ? Pourquoi délocaliser la production dans un autre pays ?"
Le Commissaire aux Comptes ne jugera jamais l'opportunité d'un choix de gestion. Il ne critiquera pas une stratégie qui sacrifie l'emploi. Poser ces questions qui fâchent, contester les choix stratégiques et proposer des alternatives : c'est votre mission d'élu, pas celle de l'auditeur.