L'objet de l'ordre du jour est de cadrer les discussions et de permettre à chacun de préparer en amont la réunion. Selon les thèmes, le soin apporté à la rédaction de l’ordre du jour est décisif. Qui rédige l’ordre du jour ? L’employeur peut-il refuser des points ? Peut-on modifier l’ordre du jour en séance ? Les questions diverses pour aborder l'actualité, une bonne idée ?
Sommaire de l'article
- Qu'est ce qu'un ordre du jour du CSE ?
- Qui établit l'ordre du jour de la réunion CSE ?
- Comment rédiger l'ordre du jour du CSE ?
- L'ordre du jour du CSE doit-il être signé ?
- Que faire en cas de désaccord ?
- Qui communique l'ordre du jour du CSE aux participants ?
- Peut-on modifier un ordre du jour déjà envoyé ?
- Quel ordre du jour pour la 1ère réunion suivant les élections ?
- Comment l'ordre du jour de la réunion de la CSSCT est-il élaboré ?
Qu'est-ce qu'un ordre du jour du CSE ?
Selon l’effectif de l’entreprise, le CSE doit se réunir soit une fois par mois, soit tous les deux mois. Cependant, avant la tenue d’une réunion du CSE, il est obligatoire d’établir un ordre du jour (article L. 2315-29). L'ordre du jour est un élément essentiel dans le fonctionnement du comité. Il fixe les sujets à débattre et garantit une gestion efficace et structurée des réunions plénières.
L’ordre du jour de la réunion du CSE est la liste des sujets, des questions et des thèmes qui seront abordés en séance plénière. Quelle que soit sa nature, ordinaire ou extraordinaire, toute réunion plénière CSE nécessite une liste écrite des sujets à aborder. Les thèmes de discussion doivent être clairement déterminés. Sur certains de ces points, les élus sont amenés à délibérer, à prendre une décision ou à émettre un avis.
Qui établit l'ordre du jour de la réunion CSE ?
L'ordre du jour de chaque réunion du comité social et économique est établi par le président et le secrétaire du CSE (article L.2315-29 du Code du travail). L'élaboration conjointe de l'ordre du jour s'impose par principe.
Ainsi, l’un et l’autre doivent tenter de se mettre d’accord pour rédiger en commun l’ordre du jour. Il faut donc une concertation, au moins un échange voire une rencontre lorsque cela est possible. À défaut, le président qui fixe unilatéralement l’ordre du jour commet un délit d'entrave (Cour de cassation, chambre criminelle, 4 septembre 2018, n° 17-82.297). C'est aussi le cas lorsque l'employeur décide de convoquer une réunion extraordinaire.
En pratique, le secrétaire est souvent le premier à envoyer ses propositions par mail après s'être concerté avec l'équipe CSE. L'inverse serait plus logique car c'est l'employeur qui convoque la réunion. En retour, la direction ajoute ses points. Si certains sujets suscitent la polémique ou sont controversés, des précautions doivent être prises pour éviter de se retrouver à effectuer une "pré-réunion" face à la direction. La RH aura alors tendance à tenter d'expurger le projet d'ordre du jour...
Enfin, la preuve écrite de l'établissement conjoint peut provenir de la signature de l'ordre du jour CSE par le secrétaire et l'employeur (Cour de cassation, chambre sociale, 25 avril 2007). C'est d'ailleurs l'idéal.
Comment rédiger l'ordre du jour de la réunion CSE ?
Il n'existe pas de modèle d'ordre du jour. En effet, le Code du travail ne donne aucune indication sur la forme à lui donner. Chaque réunion est différente avec des thèmes très variés en fonction de l'actualité. Cela dit, il a vocation à refléter les enjeux de l'entreprise et les préoccupations des salariés. Schématiquement, on peut classer les sujets ainsi :
- Obligations légales : examen de la situation économique de l'entreprise, présentation des comptes, mise à jour du document unique d'évaluation des risques professionnels.
- Questions stratégiques : projets de restructuration, évolution des effectifs, achat de sociétés etc.
- Points d’actualité : problèmes remontés par les salariés, propositions des élus.
Important : chaque point de l'ODJ doit être formulé de manière explicite pour éviter toute ambiguïté ou éloigner les réponses évasives des RH (certains sont particulièrement doués...).
Un exemple : l'ordre du jour de la prochaine réunion peut se présenter selon le plan suivant :
- Adoption du procès-verbal de la précédente réunion (ou des réunions précédentes).
- Points d'information (effectifs, situation économique, etc.).
- Questions en suspens déjà abordées lors des précédentes réunions.
- Points d'information et de consultation liés à l'actualité de l'entreprise (l'introduction d'un nouvel outil RH alimenté par IA...).
- Les sujets liés à la santé, la sécurité et les conditions de travail des salariés (au moins 4 fois par an).
- Les consultations légales (politique sociale, orientations stratégiques...)
- Les engagements de dépenses (votre future formation) ou les critères d'attribution des activités sociales et culturelles (vote).
- Les réclamations des salariés.
Au-delà des rubriques données en exemple, l'enjeu pour le secrétaire et les élus reste le soin apporté à la rédaction des points à l'ordre du jour du CSE. Être clair et précis sans s'enfermer. L'objectif est d'aborder correctement les sujets et d'obtenir des réponses concrètes en évitant les ambiguïtés susceptibles de fausser les débats... Ne reconnaît-on pas un DRH à sa capacité à botter en touche ? Pour limiter ce jeu, l'ordre du jour est aussi important que la préparation de la réunion elle-même.
Attention à l'ordre d'examen des questions. Un point loin d'être anodin, et même parfois stratégique. Attention à la « technique » du sujet important positionné en fin d'ordre du jour et tombant par hasard à 18h30 le vendredi...
L'ordre du jour du CSE doit-il être signé ?
La signature prouve que l’ordre du jour est bien établi conjointement entre l’employeur et le secrétaire. C’est donc fortement conseillé d’autant que la signature électronique est de plus en plus utilisée.
Toutefois, il faut préciser qu'aucune disposition légale n'impose la double signature. En conséquence, son absence n’est pas forcément préjudiciable si, par ailleurs, des échanges de mails démontrent que l’élaboration de l’ordre du jour s’est bien faite à deux (Cour d’appel de Paris, 8 février 2016). Il a même été jugé que l’absence de signature de l’ordre du jour du CSE par le secrétaire ne rend pas la réunion irrégulière. C'est le cas lorsqu’il s’agit d’une réunion extraordinaire demandée par les élus et pour laquelle les questions sont inscrites de plein droit (Cour d’appel de Nîmes, 16 novembre 2017).
Que faire en cas de désaccord ?
En fait, tout dépend du sujet et de la situation.
En effet, s'il s'agit d'un thème légalement obligatoire, le secrétaire comme le président sont libres de l'inscrire de plein droit. Même chose pour une consultation rendue obligatoire par un accord collectif. C'est aussi valable pour l’ordre du jour de la réunion du CSE central. Attention, pour ces thèmes, le principe de fixation conjointe entre le président et le secrétaire demeure. S'il y a désaccord constaté après échange, le point est inscrit d'office (Cour de cassation, chambre sociale, 13 février 2013 n° 11-26.783).
Si le sujet est important pour les élus, celui-ci peut faire jouer l'exception à l'obligation d'établir conjointement l'ordre du jour CSE qui s'applique pour les réunions extraordinaires, demandées par la majorité des titulaires.
Ainsi, en cas de désaccord le secrétaire dispose d'un outil : la réunion extraordinaire. C'est alors le CSE qui maîtrise l'ordre du jour. La demande d'explications du CSE dans le cadre de son droit d'alerte économique (article L.2312-63 du Code du travail) en est un parfait exemple.
La fausse bonne idée des questions diverses
Très fréquemment, la rubrique « Questions diverses » s'invite à l’ordre du jour du CSE. Quel est le problème ? Aucune question non-inscrite à l'ordre du jour ou sans aucun lien avec celui-ci ne sera valablement débattue sous peine de nullité de la délibération prise sur cette question... On mesure le danger lorsque le CSE utilise les questions diverses pour décider de poursuivre en délit d’entrave son président (Cour de cassation, chambre criminelle, 5 septembre 2006). L'instance est ici hors jeu. Au fond, la clarté de l'ordre du jour est indissociable de la précision de ses points.
Qui communique l'ordre du jour du CSE aux participants ?
« L'ordre du jour des réunions du CSE est communiqué par le président aux membres du CSE [...] au moins 3 jours avant la réunion »
Ainsi, le président ou son représentant doit transmettre l’ordre du jour au minimum 3 jours avant la réunion plénière. Ce n'est donc pas au secrétaire de l'envoyer comme on le voit trop souvent. Ce délai s’applique quel que soit le type de réunion : ordinaire ou extraordinaire. A défaut de précision, ces 3 jours doivent être compris comme un délai de 72 heures.
Enfin, si l’employeur respecte un délai de 72 heures, les élus ne pourront pas le lui reprocher, peu importe qu’à l’intérieur du délai se trouvent un dimanche, un samedi ou un jour férié. Une réunion peut se tenir le lundi à 9h00 pour un ordre du jour envoyé le vendredi précédent avant 9h00… Il en va autrement s'il existe un accord collectif dans votre entreprise. Pour le Comité social et économique Central, c'est 8 jours (article L.2316-17 du Code du travail).
Peut-on modifier un ordre du jour déjà envoyé ?
Une fois établi, l'ordre du jour de la réunion du CSE est envoyé à tous les membres, le plus souvent en même temps que la convocation. En principe, dès cet instant, le contenu n'est plus modifiable. Il existe toutefois des exceptions. Le secrétaire et le président s'entendent suffisamment tôt sur la portée d'une modification de l'ordre du jour afin de renvoyer le texte modifié en temps voulu (avant les 3 jours).
Autre possibilité, tous les membres élus présents en réunion décident d'inscrire en début de séance et de manière unanime une question non prévue à l'ordre du jour (Cour de cassation, chambre criminelle, 13 septembre 2022).
L'employeur peut-il modifier l'ordre d'examen des sujets en séance ?
L’établissement conjoint de l’ordre du jour CSE implique de se mettre d’accord sur les thèmes mais aussi sur l’ordre sur lequel ils seront abordés en réunion. Hiérarchiser les sujets traités est tout sauf anodin. En conséquence, le président ne peut pas modifier unilatéralement l’ordre des points en basculant par exemple une question, initialement fixée en début de séance, en fin de réunion… Si tel ou tel sujet est inscrit au début, cela révèle son importance. Le positionnement initial des questions inscrites à l'ordre du jour du CSE doit être respecté. Un employeur a déjà été condamné pour délit d’entrave pour avoir inverser l’ordre des thèmes au cours de la réunion en prétextant qu’un de ses collaborateurs devait s’absenter.
Quel ordre du jour pour la 1ère réunion suivant les élections ?
La première réunion du CSE après les élections est généralement consacrée aux désignations :
- du secrétaire, du trésorier et, éventuellement, du bureau.
- des membres de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT obligatoire dans les entreprises de plus de 300 salariés) et ceux des autres commissions (formation, économique, égalité professionnelle...).
- des représentants du CSE dans les sociétés à conseil d’administration ou conseil de surveillance.
- du référent de lutte contre le harcèlement.
L'ordre du jour du CSE de cette première réunion fera ainsi au moins apparaître ces points. Cette première réunion est aussi l’occasion de recevoir la documentation économique et financière relative à l’entreprise. Cette information est souvent oubliée… Elle est pourtant obligatoire (article L. 2312-57 du Code du travail). L'employeur communique aux élus une documentation économique et financière précisant :
- La forme juridique de l'entreprise (SA, SARL, SAS...) et son organisation ;
- Les perspectives économiques de l'entreprise telles qu'elles peuvent être envisagées ;
- Le cas échéant, la position de l'entreprise au sein du groupe (quelle est la société holding, ses filiales, ses actionnaires...) ;
- Compte tenu des informations dont dispose l'employeur, la répartition du capital entre les actionnaires détenant plus de 10 % du capital et la position de l'entreprise dans la branche d'activité à laquelle elle appartient.
Il s'agit d'une note rédigée très instructive pour les élus CSE qui amène naturellement à des questions notamment sur le point n°2. La question de la mise en place d'un règlement intérieur doit aussi se poser. S'il en existe un, il convient de vérifier s'il doit être modifié. La gestion financière du CSE peut aussi être abordée via le compte rendu de fin de mandat.
Comment l'ordre du jour de la réunion de la CSSCT est-il élaboré ?
La loi est totalement muette sur cette question qui concerne la commission santé, sécurité et conditions de travail. Sans précision, établir un ordre du jour avant une réunion de la CSSCT n'est pas obligatoire.
Il est toutefois recommandé de prévoir que les réunions de la CSSCT fassent l'objet d'un ordre du jour selon des modalités définies soit par accord collectif, soit dans le règlement intérieur du CSE. En effet, les modalités de mise en place et de fonctionnement de la CSSCT relèvent :
- en principe du champ de la négociation collective,
- en l'absence d'accord, elles sont définies par le règlement intérieur du CSE (article L. 2315-44 du Code du travail).
Hors urgence et alertes, définir les sujets SSCT à l'avance est essentiel pour garantir une certaine consistance dans les échanges entre les élus et la direction.
Pour mémoire, l'article L 2315-27 du code du travail instaure un minimum de quatre réunions annuelles du CSE portant en tout ou partie sur les attributions santé, sécurité et conditions de travail, et plus fréquemment en cas de besoin, notamment dans les branches d'activité présentant des risques particuliers. Le comité est en outre réuni à la suite de tout accident ayant entraîné ou ayant pu entraîner des conséquences graves, ainsi qu'en cas d'événement grave lié à l'activité de l'entreprise, ayant porté atteinte ou ayant pu porter atteinte à la santé publique ou à l'environnement ou à la demande motivée de deux de ses membres représentants du personnel, sur les sujets relevant de la santé, de la sécurité ou des conditions de travail.
Au final :
Un ordre du jour bien établi est le socle d'une réunion de CSE efficace. Il garantit un dialogue constructif entre les élus du CSE et l'employeur en fixant les thèmes d'échanges que chacun peut préparer en avance.


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