4- Cas pratiques : du constat d'expert à la revendication
Voyons comment un rapport technique devient une arme de négociation.
L'avis économique n'est pas qu'un document légal, c'est le point de départ des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO), des conditions de travail, des mutations technologiques et de la stratégie sociale.
Cas A : l'optimisation de la participation
Situation : La réserve spéciale de participation est nulle.
L'apport de l'expert-comptable : il identifie que le résultat fiscal a été minoré par des charges intra-groupes discutables. Note : le but n'est pas de minorer la participation mais l'impôt sur les sociétés.
Intégration dans l'avis : "Le CSE constate, sur la base de l'analyse comptable (page 65 du rapport), que le résultat fiscal servant de base à la participation a été artificiellement réduit. Avec les reports déficitaires, le CSE demande la mise ne place d'un accord dérogatoire ou d'un accord d'intéressement."
Cas B : l'arrivée de l'IA (productivité vs emploi)
Situation : le rapport annuel du groupe mentionne le déploiement de l'IA du groupe comme un simple "outil de modernisation" ou de "facilitation". La direction n'aborde pas les conséquences humaines, organisationnelles ou chiffrées pour votre entité.
L'apport de l'expert : en analysant le rapport annuel du groupe, l'expert relève que l'objectif réel est un gain de productivité (économies de coûts) sur les fonctions supports. Il identifie que ce projet relève de l'introduction de nouvelles technologies (Art. L.2312-8) et risque d'entraîner une destruction de postes ou une modification profonde des compétences requises.
Intégration dans l'avis :
« Le rapport d'expertise (page 20) révèle que le déploiement de l'IA ne vise pas uniquement la "modernité", mais une réduction des coûts opérationnels estimée à [X] M€.
Le CSE refuse que ce projet structurant soit traité en catimini. Conformément à l'article L.2312-8, nous exigeons l'ouverture d'une consultation spécifique sur l'introduction de nouvelles technologies avant tout déploiement.
De plus, le CSE pose dès à présent la question du partage de la valeur : les gains de productivité générés par l'IA serviront-ils à augmenter les dividendes ou à financer la formation, la réduction du temps de travail et le maintien de l'employabilité des salariés menacés ? »
Cas C : les salaires
Le contexte : l'entreprise fait des bénéfices, mais refuse les propositions d'augmenter les salaires en prétextant "l'incertitude de l'avenir", la "hausse des taxes".
-
Ce que l'expert trouve : il analyse le "Cash-Flow" et les "Dividendes". Les cash-flows sont importants. Il voit que l'entreprise a versé 100% de son résultat en dividendes à la holding.
-
Ce que l'expert écrit : "La politique de distribution de dividendes est dynamique et ne laisse aucune réserve dans l'entreprise."
-
Ce que vous écrivez dans l'avis :
"La direction refuse les augmentations au nom de la prudence. Or, le rapport d'expertise démontre que l'entreprise s'est vidée de sa trésorerie pour rémunérer l'actionnaire à hauteur de 100% du résultat. Le CSE constate que l'argent existe, mais qu'il a été arbitré en faveur du capital et non du travail. C'est un choix de gestion.
En conséquence, le CSE émet un avis défavorable et demande un rééquilibrage immédiat du partage de la valeur."
Résultat : Vous avez transformé un chiffre froid en un argument moral et politique imparable.
[L'impact des comptes sur la participation est détaillé ici : S6.3 (Expertise CSE et participation-intéressement)]
[Ce sujet vous touche ? Approfondissez ici : Silo 6.5 (Cash-flow, dividendes et arbitrages financiers : comment lire les décisions)]