|
L’actualité se charge de nous appeler à la raison : témoin Air France et son CE, qui, comme son emblématique avion l’Airbus A380, s’apparente à un mastodonte. Il emploie pas moins de 850 salariés permanents (1) et son budget est bon an mal an de 140 millions d'euros, ce qui le classerait au 2.500ème rang des plus grandes entreprises privées françaises. D’aucuns pourraient penser que ces sommets lui permettrait d’assurer son autonomie et sa sécurité financière : que feriez-vous, si comme lui, vous disposiez d’une manne de 3,1 % de la masse salariale ? Or, celui-ci se voit actuellement contraint de demander des avances à sa Direction et des prêts aux banquiers pour ne pas entrer en faillite. Et si votre CE était lui aussi concerné ? Pour se prémunir, quelques règles simples de gestion s’imposent.
Ne vous endettez pas
Les banquiers aiment bien les CE, car ils savent qu’ils fonctionnent toujours en ligne créditrice et présentent des risques d’insolvabilité extrêmement limités. A juste titre, un CE ne doit pas, sauf exception, s’endetter. D’abord car la mandature n’est au maximum que de 4 ans, il serait donc anormal d’engager la gestion de la prochaine équipe. Il convient aussi de fuir les projets immobiliers, tant pour des raisons de flexibilité que de complexité : combien de CE se mordent les doigts aujourd’hui de détenir des centres de vacances, vides d’occupants car au confort rudimentaire et nécessitant d’important travaux de mises aux normes ? Combien de CE ne savent comment se sortir des semaines de multi-propriété dont les frais culminent, et qui n’ont aucune valeur de marché ? Si vous souhaitez favoriser le départ en vacances de salariés, favorisez les solutions ne vous exposant pas à terme (locations saisonnières, participation à de séjours dans des clubs de vacances, etc.)
Mobilisez vos ressources
Les ressources de votre CE viennent de votre employeur et de vos salariés. Dépendant de vos besoins, les subventions devraient vous être versées mensuellement et d’avance, éventuellement au trimestre. En ces périodes où les entreprises limitent leurs effectifs, soyez vigilants en cas d’acomptes : la régularisation à venir l’an prochain pourrait se traduire par une somme importante à rembourser à la direction. Certains peuvent laisser en compte-courant auprès de leur employeur leurs excédents : nous ne le conseillons pas, surtout si la trésorerie de celui-ci est tendue. Les excédents doivent être confiés en priorité aux banquiers, et faire l’objet de placements sans aucun risque.
Pour ce qui est des salariés, deux écueils apparaissent en pratique : les voyages / colonies et les prêts. Pour les premiers, il nous semble exclu que les participants n’aient pas intégralement soldé avant le départ le montant mis à leur charge. Quant aux prêts, nous vous recommandons de limiter leur nombre et leur montant : d’abord car ils immobilisent des montants importants, et d’autre part car l’expérience montre que les personnes en difficulté ont bien du mal à respecter leur échéancier de remboursement. Sans parler de ceux qui quittent l’entreprise entre temps … Préférez une politique limitative d’aides non remboursables, avec l’intervention de l’assistante sociale.
Soyez prudents dans l’engagement de vos dépenses
Si vous devez annuler une commande, ou la réduire, vos fournisseurs ne vous feront pas de cadeau, une fois le bon de commande signé : prévoyez alors des cadencements et des clauses de dédit à des achats fermes, qui vous permettront davantage de flexibilité. Chaque fois que vous payez un acompte, notamment à des tour-opérateurs, bien fragilisés par les évènements actuels, assurez-vous de leur santé financière : peut-être les services comptables de votre société peuvent-ils à titre gracieux interroger leur assurance crédit, pour vous permettre de détecter ceux qui sont proches du dépôt de bilan ?
Le principe est que 100 % du budget des activités sociales doit être dépensé dans l’année. Or, un pilotage à vue n’est guère facile. Nous vous recommandons donc d’effectuer une situation intermédiaire à fin août ou fin septembre, comparative avec votre budget et la même période de l’an passé : cela vous permettra de gérer la pénurie d’ici à la fin de l’année si vous êtes trop en avance, ou bien au contraire de déclencher de nouvelles opérations non prévues à l’origine.
Comment savoir si vous êtes prudents ?
En cas de coup dur, vos salariés ne vous pardonneront pas de ne pas avoir assez de ressources pour les défendre : n’est-ce pas votre mission première ?
Deux ratios simples peuvent être surveillés : le solde net de votre trésorerie, de vos placements et de vos emprunts (le cas échéant) doit représenter au minimum un trimestre de votre budget des activités. Ensuite, le cumul des excédents du fonctionnement doit s’élever au minimum à un an de subventions de fonctionnement, ou à un trimestre de l’ensemble de vos subventions (fonctionnement & activités).
Vous gagnerez à associer davantage votre expert-comptable à la gestion de votre budget : parlez-lui en.
Vincent Beyron
Retour à la page précédente
|